Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 2) Être le Christ au milieu de ses frères

1 L'abbé qui est jugé digne de gouverner le monastère doit se rappeler sans cesse le titre qu'il porte et réaliser par ses actes le nom de supérieur.

2 On croit fermement, en effet, qu'il tient la place du Christ dans le monastère, puisqu'on l'appelle de son nom même, 3 selon ces paroles de l'Apôtre: "Vous avez reçu l'esprit des fils d'adoption, par lequel nous crions: Abba, c'est-à-dire Père". (Rm 8,15 ; Ga 4,6)

La pensée principale est que l'Abbé tient au milieu de ses frères la place du Christ. S'il a une autorité, un pouvoir à exercer, c'est en référence à l'autorité, au pouvoir du Christ.

Le Christ a parlé lui-même de son pouvoir. Pour en faire le fondement de la mission confiée aux disciples. Pour rappeler que son Père lui a donné autorité sur tout être vivant.

Si l'Abbé reçoit un pouvoir, cela ne peut être que pour donner, pour partager. "Comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle". Si l'Abbé ne doit rien enseigner ou commander en dehors des préceptes du Seigneur, c'est en réponse à l'ordre du Christ, au moment de l'Ascension : "apprenez-leur à garder mes commandements".

Jésus priait pour que l'autorité reçue soit l'occasion d'un don. Celui de la vie éternelle. En ajoutant qu'elle consiste à connaître le seul Dieu, le vrai, et celui qu'il a envoyé. Si l'Abbé doit être le Christ au milieu de ses frères, c'est pour faire connaître le vrai Dieu et aussi le Christ lui-même, celui qu'il a envoyé.

C'est un pouvoir, une autorité à exercer dans la pauvreté. Les paroles qu'il donne ont été elles-mêmes données. Et si elles sont reçues, c'est parce qu'on reconnaît qu'elles viennent d'ailleurs, de plus haut, de plus loin.

Etre le Christ au milieu de ses frères, c'est aussi prier pour eux. "Je prie pour eux, pour ceux que tu m'as donnés". L'Abbé peut prier ou laisser le Christ prier en lui.