Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 1) Être moine : une simple appartenance ?

1Il est manifeste qu'il y a quatre catégories de moines. 2La première est celle des cénobites, c'est-à-dire de ceux qui vivent en commun, dans un monastère, et combattent sous une règle et un abbé.

3La deuxième catégorie est celle des anachorètes ou ermites. Ceux-ci n'en sont plus à la simple ferveur du début dans la vie religieuse…

6La troisième catégorie de moines, fort détestable, est celle des sarabaïtes. Ils n'ont pas été éprouvés…par une règle, maîtresse d'expérience; mais… 7ils demeurent fidèles au monde dans leur conduite, et, visiblement, mentent à Dieu par leur tonsure…

10La quatrième catégorie de moines est celle des gyrovagues…

11Toujours en route, jamais stables, esclaves de leurs volontés propres et des plaisirs de la bouche, ils sont pires en tout que les sarabaïtes.

Saint Benoît distingue donc quatre catégories de moines. Il est tout à fait remarquable qu’après avoir dit tout le mal qu’il pensait des sarabaïtes et des gyrovagues, il ne leur retire pas la qualification de moines. Ils continuent à faire partie des quatre catégories. Moines, mauvais sans doute, mais moines quand même.

Cela peut vouloir dire que saint Benoît ne désespère pas de leur conversion, pas plus qu’il ne désespère de la miséricorde de Dieu. Il ne les enferme pas définitivement dans la description qu’il en a faite.

Cela peut vouloir dire aussi que cénobites et ermites n’ont pas à se glorifier de leur étiquette de moines. Eux aussi pourraient, un jour, devenir sarabaïtes et gyrovagues, tout en s’appelant toujours moines. C’est déjà une allusion voilée au possible orgueil de la bonne observance (Prol. 29).

Cela peut vouloir inviter tout le monde à ne pas juger sur le titre, sur l’étiquette, sur l’appartenance ; mais bien plutôt à s’efforcer de rejoindre chacun au plus profond de ce qu’il est, de ce qu’il vit, de ce qu’il désire être en réalité.

Ni l’habit ni le titre ni la catégorie ne font le moine, lequel peut parfois aussi être un voyou (Montaigne dixit).