Commentaires de la Règle de saint Benoît

(Prol 48) Aimer les commencements

48garde-toi bien, sous l'effet d'une crainte subite, de quitter la voie du salut dont les débuts sont toujours difficiles.

Toute la règle est comme insérée dans deux mentions du commencement : le Prologue, pour inviter le moine à ne pas s’en effrayer, le dernier chapitre pour rappeler qu’avec la règle, il y a seulement un commencement de la vie monastique. Pour surmonter les inévitables difficultés des commencements, tout comme pour ne pas être un éternel débutant, le moine doit faire preuve de beaucoup d’amour.

Mais qu’y a-t-il à aimer dans un commencement ? Le moine y retrouve une des grandes vertus monastiques : l’humilité. C’est en réalité la vertu du créateur et toute création suppose un commencement, qui déploiera ensuite toutes ses virtualités. Accepter de commencer, c’est reconnaître qu’il y a quelque chose ou quelqu’un qui n‘est pas encore là. Je ne suis pas tout et je n’ai pas tout immédiatement. Je dois me mettre en route, laisser et faire grandir le désir de Celui que je veux rencontrer.

Le remarque-t-on assez ? La liturgie célèbre essentiellement des commencements : annonciation, visitation, avent, nativité, entrée dans le peuple élu (circoncision), baptême,…Quant à la résurrection, elle recule à perte vue, c’est-à-dire à jamais, ce que nous considérons comme une fin. Quand saint Benoît demande de ne rien préférer à l’Office divin, il demande de ne rien préférer à la célébration de tous ces commencements. Ainsi tout commencement revient-il peut-être à une résurrection.

Quand le moine promet la stabilité, il promet d’aller toujours de commencement en commencement.