Commentaires de la Règle de saint Benoît

(Pr 1) Ecoute ...

1 Ecoute, mon fils, les préceptes du Maître et prête l'oreille de ton cœur. Reçois volontiers l'enseignement d'un si bon père et mets-le en pratique, 2 afin de retourner par le labeur de l'obéissance à celui dont t'avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. 3 C'est à toi donc maintenant que s'adresse ma parole, à toi, qui que tu sois, qui renonces à tes volontés propres et prends les fortes et nobles armes de l'obéissance, afin de combattre pour le Seigneur Christ, notre véritable Roi.

Ecoute. C’est le tout premier mot de la règle, celui qui commande tout le reste.

Il faut d’abord s’en donner les moyens. Ecouter, c’est-à-dire faire taire tout ce qui dit le contraire autour de nous. Ecraser la tyrannie envahissante du bruit dans toutes les formes, grossières et subtiles, qu’il revêt aujourd’hui. Cela suppose une capacité de s’arrêter, de tourner un bouton, d’éteindre, de prendre les moyens voulus pour laisser la place à ce qui doit être écouté. Redoutable ascèse déjà : il faut créer une cloche de silence dans le règne universel du bruit.

Si saint Benoît demande d’écouter, c’est qu’il y a quelque chose à entendre, quelqu’un plus exactement. Celui pour qui on est là dit quelque chose, il s’exprime, il communique. En tout cas, il a l’intention de le faire. Pour communiquer, il faut être au moins deux ; peut-être même trois, celui qui parle, celui qui écoute et celui qui surgit de cette communication, comme un être nouveau. Le messager, le récepteur et celui que tous deux deviennent quand ils se rencontrent.

Dès l’abord, saint Benoît propose au moine de se glisser dans le dialogue initié par Dieu « le Père », il lui propose de s’en faire l’auditeur, d’être d’abord celui qui va recevoir l’enseignement, avant et afin de devenir ce « troisième » issu de la communion dans le dialogue ; avant et afin de redevenir ce « troisième » qu’il aurait toujours dû être ; avant et afin de retrouver la communion des volontés que Dieu a proposée dès le début à qui que ce soit.

C’est un véritable combat.