Textes à emporter

"Halte à la croissance"?

Qui ne connaît pas le « Club de Rome » ? Un groupe universel de penseurs qui, en 1970, a prié une université étasunienne (Massachusetts) d’établir un rapport sur l’état de la planète. Le rapport fut appelé du nom du responsable, Dennis Meadows, le Rapport Meadows, intitulé : « Halte à la croissance ! » Le titre tenait franchement de la mise en garde, voire de la provocation ! Elle vaut encore davantage aujourd’hui. Mais nous n’en ferons pourtant pas ici une étude détaillée. Une mention uniquement. Je dirai pourquoi j’aurai abordé par ce biais le commentaire évangélique.

Comme au temps de Jésus, les religieux et les penseurs de l’époque, pharisiens, sadducéens, docteurs de la Loi, les scribes s’étonnèrent de l’entendre annoncer une doctrine singulièrement nouvelle. Il fallait, selon Jésus, en revenir à l’essentiel de la Loi : rien que deux commandements seulement, et même semblables, qui même n’en font qu’un : aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même. Tout simplement.

Or, aujourd’hui, l’homme constate, le rapport Meadows l’atteste, qu’il s’est absolument dépensé, voire trop, pour valoriser toutes les virtualités, les innombrables ressources du monde. Il en vient maintenant et fort heureusement à s’interroger sur le bien fondé de cette croissance exclusive et fébrile. Sera-t-elle possible à l’infini ? Où vais-je ? Ne vais-je pas m’y perdre et le monde avec moi, se demande-t-il ?

Saint Augustin, dans ses célèbres « Confessions », l’avait pourtant déjà énoncé, qu’il y avait plus à découvrir de fiable au-dedans de son cœur qu’en toute entreprise à l’extérieur de soi. Au Moyen-âge, des Mystiques, après lui, l’ont également rappelé.

Matteo Ricci, au XVI° siècle, partit avec le feu sacré dans le cœur pour la Chine. Avant d’évangéliser, disons, pour le mieux faire, il s’est fait proche des Chinois, a étudié leur langue, leurs coutumes. Il s’est fait chinois avec les chinois. Il les a rencontrés de l’intérieur, comme on dit aujourd’hui. Le P. de Nobili, de son côté, s’approcha de l’Inde avec des sentiments de profonde estime et même de dévotion pour son prochain.

A l’époque contemporaine, la grande sainte mystique Thérèse de l’Enfant-Jésus, clouée sur un lit de tuberculeuse n’en fut pas moins reconnue, par sa vie intérieure d’humilité et d’abandon, Patronne universelle des Missions. Le P. Teilhard de Chardin, anthropologue éminent et théologien, visionnaire de la matière, parla paradoxalement du Christ cosmique, de l’Oméga et de la Noosphère. Le P. de Foucauld de Pontbriand, saint-cyrien, mondain et géographe de talent, échoua au Maghreb, se passionna pour la langue de ses voisins, devint avec rien le Frère Universel, le Petit Frère de Jésus. Ces modèles d’humanité ont signé de leur vie l’aspiration à une existence de respect, d’intériorité qui s’épanouisse en délicatesse pour le prochain. 

On se réjouira dès lors, c’est une occasion d’action de grâces à Dieu en cette eucharistie, de voir, de nos jours, des hommes de toutes cultures, de toutes religions, et même croyants comme athées, vouloir privilégier les valeurs à la matière, le sens des choses au fric qui s’interpose, les personnes aux institutions, la vie à l’égoïsme, aux servitudes de toutes sortes, … Privilégier la mesure au va-tout, la tolérance du cœur au fanatisme de la terreur : En somme, ils sont tellement soucieux de l’homme finalement, d’une vie partagée dans la paix et l’amitié, qu’ils en viennent à y reconnaître la profondeur du Mystère de Dieu. Saint Jean, ne le disait-il pas ? « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit est incapable d’aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1Jean 4, 20)

« Halte à la croissance ! » Bien évidemment, si elle n’a pour seule raison que d’enrichir les riches, de provoquer des sentiments qui mènent au conflit, la jalousie, etc. « Halte à la croissance » si elle ne consiste qu’à dresser des nations les unes contre les autres, si l’homme n’est jugé que sur son avoir et sa mine, si l’homme voit dans l’immigré un gêneur, un importun, avant d’y reconnaître un frère en humanité, selon le cœur de Dieu. « Halte à la croissance » même dans les Églises si elles n’ont pour seul but que de rassembler un plus grand nombre d’adeptes, sans se soucier d’une autre croissance, celle du cœur, de l’esprit. Misons dorénavant sur une autre stratégie, mais alors là, sans modération, misons sur la croissance de l’amour à l’échelle universelle puisque Dieu, appelez-le comme vous l’adorez, est la plénitude de l’Amour.

Oui ! Revenons donc, nous aussi, à l’essentiel ! Tu honoreras le Seigneur ton Dieu, de tout ton désir, de toute ton âme, de toutes tes forces et tu aimeras ton voisin comme toi-même ! Place aux actes ! Voici un avenir sûr pour la planète.