Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 73, 8-9) Tout n'est pas contenu dans la règle

8 Qui donc que tu sois, qui te hâtes vers la patrie céleste, accomplis avec l'aide du Christ, cette tout petite Règle, écrite pour les débutants. 9 Cela fait, tu parviendras avec la protection de Dieu, aux plus hautes cimes de la doctrine et des vertus, que nous venons de rappeler.

Que tout ne soit pas contenu dans la règle n’est pas le résultat de son imperfection. Si la vie monastique est fondamentalement une recherche de Dieu, saint Benoît ne peut pas ne pas savoir que la vie en Dieu ne se laisse pas mettre par écrit, qu’elle ne se laisse pas codifier, qu’elle ne se laisse pas définir, au sens strict de ce mot : appliquer des frontières, dire où les choses commencent et où elles finissent. Que tout ne soit pas contenu dans la règle est encore, finalement, une parole sur Dieu. Il n’y a rien à négliger de tout ce qui peut nous conduire à lui. Mais aussi, nous sommes toujours en route pour arriver jusqu’à lui, le vrai but ultime.

Tout n’est pas contenu dans cette règle. Il y a donc une porte ouverte, vers l’extérieur, vers l’avant, vers le surplus. Saint Benoît n’a pas eu la prétention de vouloir tout dire pour tous les siècles qui allaient le suivre. Il préfère nourrir ses disciples de l’essentiel, ce qui les soutiendra à travers toutes les secousses de l’histoire, ce qui les gardera ouverts à toutes les évolutions qu’ils rencontreront, ce qui les éloignera des raideurs de la lettre et les tiendra proches de la souplesse de l’esprit. Tout n’est pas contenu dans cette règle. Il y a une porte ouverte, mais ce n’est pas une fuite en avant. Il faut pouvoir mettre ce « plus » en relation avec l’humble recherche quotidienne des passages qui peuvent nous conduire à lui.

Dieu n’a pas encore tout écrit de l’histoire de notre relation à lui. Soyons-lui reconnaissants de ce qu’il a déjà écrit pour nous. Soyons ouverts à ce qu’il écrira encore sur la page ouverte devant nous.