Commentaires de la Règle de saint Benoît

(RB 64, 9) Du neuf et de l'ancien

9Il (l’abbé) doit donc être docte dans la loi divine, afin de savoir et d'avoir où puiser les leçons anciennes et nouvelles.

Du neuf et de l’ancien. A égale distance des deux, voici donc le moine à instruire, à engendrer, pourrait-on dire. Voici l’abbé appelé à faire preuve d’un talent de « relieur ». Ce qui a le mieux fait ses preuves est à joindre à ce qui est encore en espérance. Ce qui est déjà accompli est à relier à ce qui doit l’être encore. Ce qui est derrière est à relier à ce qui est devant. Voici donc le moine qui peut encore saisir ce qui est en espérance, désireux sans doute d’y ajouter encore en intensité. L’abbé doit lui montrer la seule figure capable de mêler ainsi le passé et la vie, l’apaisé et le frémissant, le mortel et ce qui ne finit pas.

Pour réussir un tel court-circuit, il faut que l’abbé disparaisse. Plus exactement qu’il cède à celui dont il tient la place dans le monastère, qu’il se laisse allumer et brûler par lui. Ainsi, parlant en langue de feu, comme l’Esprit au matin de la Pentecôte, il deviendra lui-même ce feu dont le message est assuré de convaincre, le creuset où fusionnent le neuf et l’ancien, devenus inséparables, ne faisant plus qu’un. Le neuf et l’ancien devenus l’œuvre indissoluble du feu de l’amour.