Commentaires de la Règle de saint Benoît

(Prologue 22-24.39) Moine sous tente ?

22Si nous voulons habiter dans la demeure de ce royaume, sachons qu'on n'y parvient que si l'on y court par les bonnes actions.

23Mais interrogeons le Seigneur en lui disant avec le prophète: "Seigneur, qui habitera dans ta demeure? Qui reposera sur ta montagne sainte?"(Ps 14,1) 24Après cette demande, mes frères, écoutons la réponse du Seigneur; il nous montre la route de cette demeure…39Lorsque nous avons demandé au Seigneur, mes frères, qui habitera dans sa demeure, nous avons appris ce qu'il faut faire pour y demeurer. Puissions-nous accomplir ce qui est exigé de cet habitant!

Lorsque, dans le Prologue de sa règle, saint Benoît évoque le lieu que le moine cherche à gagner durant toute sa vie, pour y habiter, il utilise le mot latin tabernaculum, dont la traduction littérale est tente (rendu ici par demeure). Voici donc le lieu de la stabilité définitive évoqué par la plus souple des façons d’habiter, la plus mobile, la plus transportable, la plus déplaçable. La chose mérite réflexion de la part du moine.

La tente se pose à même le sol, elle embrasse l’ « humus ». Tout naturellement, elle est une école d’humilité ; elle rappelle à l’homme ce qui est inscrit dans le nom même qui le désigne : humus, homme, humanité. Le dit-on assez ? Sous la tente où il habitera dans le royaume, le moine doit encore et toujours être humble devant Celui qui l’est au plus profond de lui-même, rempli de cette humilité qui lui fait ouvrir les richesses de son cœur à qui veut bien les recevoir.

Dans son modèle le plus réduit en tout cas, la tente induit l’intimité, le vivre ensemble, le partage de tout. Intimité avec Dieu : c’est bien ce que le moine recherche, ce pour quoi il vient au monastère, ce qui le motive en toutes choses, ce pour quoi il cherche à passer le seuil de la tente où réside le Seigneur : « Seigneur, qui habitera sous ta tente ? »

Souple, mobile, déplaçable, la tente se montre encore la plus sensible au monde qui l’entoure. Membrane vivante, elle vibre au moindre vent qui la caresse, elle tremble avec la terre, elle en épouse les fragilités, les dangers, les grandeurs aussi. Dans le silence profond de la nuit, elle voisine avec la beauté des étoiles ; au bord de la mer, elle capte le langage des vagues ; au sommet des montagnes, elle fait comme toucher du doigt les vastes paysages. Elle habite l’univers entier.

« Le Verbe s’est fait chair et il a planté sa tente parmi nous ».